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title: "Échanger"
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description: "Organiser les échanges dans une économie du don : filières, boucles, distribution et marchés Ğ1."
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order: 7
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readingTime: "18 min"
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Produire ne suffit pas. Encore faut-il que la production **circule** — qu'elle atteigne ceux qui en ont besoin, au bon moment, au bon endroit. C'est la question de l'échange, qui est au cœur de toute économie.
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Dans l'économie classique, l'échange est organisé par le marché et médié par le prix. Offre et demande se rencontrent, le prix s'ajuste, les biens circulent. Ce mécanisme est efficace, mais il a un coût : il exclut ceux qui n'ont pas de monnaie, il uniformise les valeurs, il favorise les intermédiaires.
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Dans l'économie du don, l'échange prend d'autres formes. Il est plus direct, plus personnel, plus ancré dans la relation.
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## Filières et boucles
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L'un des objectifs de l'économie de greffe est de créer des **filières** et des **boucles** d'échange en monnaie libre.
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Une **filière** est une chaîne de production-distribution : le maraîcher produit des légumes, le boulanger achète des légumes au maraîcher et vend du pain, le client achète du pain et des légumes. Si toute la filière fonctionne en June, la monnaie circule en interne sans avoir besoin d'être convertie en euro.
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Une **boucle** va plus loin : c'est un circuit fermé où la monnaie revient à son point de départ. A paie B, B paie C, C paie A. La boucle est le Graal de l'économie locale : elle garantit que la monnaie reste dans le territoire et qu'elle profite à tous les participants.
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Construire des filières et des boucles demande de la coordination. Il faut identifier les maillons manquants (quels producteurs manquent pour boucler la boucle ?) et les inciter à rejoindre l'aventure. C'est un travail de **tissage économique**, patient mais gratifiant.
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En pratique, les premières boucles qui se forment sont souvent alimentaires : maraîcher → marché → consommateur → maraîcher. L'alimentation est le besoin le plus universel et le plus fréquent, ce qui en fait le meilleur point de départ pour construire des circuits en monnaie libre.
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## Distribuer
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La question de la **distribution** est souvent négligée dans les projets de monnaie alternative. On se concentre sur la production et l'échange, mais on oublie la logistique : comment acheminer les produits du producteur au consommateur ?
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Dans l'économie classique, la distribution est assurée par un réseau dense et efficace de supermarchés, de plateformes de livraison, de grossistes. Concurrencer ce réseau est illusoire. Mais le compléter — offrir des alternatives pour ceux qui veulent consommer autrement — est tout à fait possible.
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Les formes de distribution en monnaie libre sont variées :
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- **Marchés physiques** : les marchés June sont des événements réguliers où producteurs et consommateurs se retrouvent
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- **Vente directe** : de la ferme à l'assiette, sans intermédiaire
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- **Groupements d'achat** : des consommateurs se regroupent pour commander ensemble
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- **Plateformes en ligne** : des annonces de produits et services en June
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Chaque forme a ses avantages et ses limites. Le marché physique crée du lien social mais demande de l'organisation. La vente directe est simple mais géographiquement limitée. La plateforme en ligne est accessible mais impersonnelle.
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## Connecter avec l'existant
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L'économie du don ne vit pas en vase clos. Elle coexiste avec l'économie classique, et elle doit **s'y connecter** intelligemment.
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La connexion prend plusieurs formes :
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- **Double pricing** : les producteurs affichent un prix en euro et un prix en DU
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- **Paiement mixte** : le client paie une partie en June et une partie en euro
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- **Passerelles comptables** : les entreprises qui acceptent la June tiennent une comptabilité qui intègre les deux monnaies
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Cette connexion est pragmatique. Elle reconnaît que, pour l'instant, personne ne peut vivre à 100% en monnaie libre. Les charges fixes (loyer, impôts, assurances) se paient en euro. Le lait, le carburant, l'électricité aussi — du moins tant que ces filières ne sont pas développées en June.
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Mais chaque nouveau producteur qui accepte la June, chaque nouvelle filière qui se crée, réduit la dépendance à l'euro. C'est une transition, pas une révolution. Et les transitions réussies sont celles qui avancent pas à pas, sans brûler les ponts.
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## Ğ(marchés)
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Les **Ğmarchés** (prononcer « Junmarchés ») sont les marchés physiques en monnaie libre. Ce sont des lieux de rencontre, d'échange et de convivialité où producteurs et consommateurs se retrouvent régulièrement.
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Un Ğmarché typique rassemble une dizaine à une trentaine de stands : légumes, fruits, pain, miel, savons, vêtements, artisanat, services de massage, couture, informatique... Les prix sont affichés en DU. Les paiements se font via l'application Ğ1 sur smartphone ou par un système de bons papier pour les moins connectés.
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Les Ğmarchés ne sont pas seulement des lieux d'échange économique. Ce sont des lieux de **vie communautaire**. On y vient aussi pour discuter, partager un repas, apprendre, s'entraider. L'aspect social est au moins aussi important que l'aspect économique.
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La fréquence des Ğmarchés varie selon les territoires : hebdomadaire dans les zones les plus actives, mensuel ailleurs. Certains sont itinérants, d'autres ont un lieu fixe. Certains sont couplés à des événements culturels (concerts, conférences, ateliers).
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Le succès d'un Ğmarché dépend de plusieurs facteurs :
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- La **diversité de l'offre** : plus les stands sont variés, plus les visiteurs trouvent ce qu'ils cherchent
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- La **régularité** : un marché prévisible fidélise les clients
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- L'**ambiance** : un marché convivial attire et retient
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- La **communication** : faire connaître le marché au-delà de la communauté existante
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Les Ğmarchés sont la vitrine de l'économie du don. Ils montrent concrètement que cette économie fonctionne, qu'elle produit de la valeur, qu'elle crée du lien. Pour beaucoup de nouveaux venus, le premier Ğmarché est le déclic qui les convainc de rejoindre l'aventure.
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