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2026-02-20 12:55:10 +01:00

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title: "Autres greffes"
description: "Applications concrètes de l'économie du don dans divers secteurs : emploi, ESS, agriculture, artisanat, éducation."
order: 9
readingTime: "15 min"
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L'économie de greffe ne se limite pas aux marchés et aux circuits alimentaires. Elle peut se déployer dans de nombreux secteurs de la vie économique et sociale. Ce chapitre explore quelques pistes de greffes, certaines déjà amorcées, d'autres encore en gestation.
## Pôle Emploi et mission locale
Les demandeurs d'emploi sont parmi les premières victimes de l'asymétrie monétaire. Sans revenu en euro, ils sont exclus de l'économie — alors même qu'ils ont des compétences, du temps et de l'énergie à offrir.
La monnaie libre offre une issue à cette impasse. Un demandeur d'emploi peut produire et échanger en June, développer ses compétences, entretenir son réseau, et maintenir une activité économique réelle — même en l'absence de « travail » au sens classique.
Les Pôles Emploi et les missions locales pourraient jouer un rôle de relais en orientant les demandeurs d'emploi vers les communautés June locales. Non pas comme un substitut à l'emploi salarié, mais comme un **complément** qui maintient le lien social et économique pendant les périodes de transition.
Certaines expériences locales vont dans ce sens : des ateliers de présentation de la monnaie libre organisés en partenariat avec des structures d'insertion, des Ğmarchés accueillant des personnes en réinsertion professionnelle.
## ESS (Économie Sociale et Solidaire)
L'Économie Sociale et Solidaire partage de nombreuses valeurs avec la monnaie libre : solidarité, gouvernance démocratique, primauté de l'humain sur le capital, ancrage territorial.
Les structures de l'ESS — coopératives, mutuelles, associations, fondations — sont des partenaires naturels pour le développement de l'économie en monnaie libre. Elles disposent de réseaux, de compétences juridiques, d'une légitimité institutionnelle.
Les greffes possibles sont nombreuses :
- Des **AMAP** (Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne) qui acceptent la June
- Des **ressourceries** et **recycleries** qui pratiquent le double pricing
- Des **coopératives d'activité** qui accompagnent des entrepreneurs en monnaie libre
- Des **tiers-lieux** qui accueillent des Ğmarchés et des ateliers
Le dialogue avec l'ESS est aussi l'occasion de faire connaître la monnaie libre à un public plus large, et de montrer qu'elle n'est pas un gadget technologique mais un outil de transformation sociale.
## Associations populaires et caritatives
Les associations caritatives — Restos du Cœur, Secours Populaire, Emmaüs, etc. — distribuent des biens aux plus démunis. Leur action est indispensable, mais elle maintient une logique d'**assistance** : les bénéficiaires reçoivent, mais ne participent pas en tant qu'acteurs économiques.
La monnaie libre propose un changement de paradigme. Plutôt que de distribuer des biens, on peut distribuer du **pouvoir d'achat** en June. Le bénéficiaire n'est plus un assisté passif : il devient un **acteur économique** qui choisit librement ce qu'il achète, à qui, et à quel moment.
Ce passage de l'assistance à l'**autonomie** est fondamental. Il restaure la dignité des personnes en situation de précarité. Il les intègre dans un réseau d'échange où elles sont traitées comme des égales — pas comme des bénéficiaires de charité.
Des expériences pilotes associant monnaie libre et action caritative pourraient ouvrir des perspectives considérables.
## Productions agricoles, maraîchages
L'agriculture est le secteur le plus naturellement adapté à la monnaie libre. Les maraîchers produisent des biens essentiels, en circuit court, à une échelle compatible avec les communautés locales.
De nombreux maraîchers acceptent déjà la June, en tout ou en partie. Certains vont plus loin : ils achètent des semences, du matériel, des services en June. Ils créent ainsi des mini-filières en monnaie libre, depuis la semence jusqu'à l'assiette.
Le défi pour l'agriculture en monnaie libre est celui de la **viabilité économique**. Un maraîcher doit payer ses charges en euro (foncier, matériel, assurances, cotisations). Tant que ces charges ne sont pas couvertes en June, la part de l'activité en monnaie libre reste limitée.
La solution passe par la densification du réseau : plus il y a de producteurs et de prestataires qui acceptent la June, plus chacun peut couvrir ses besoins en monnaie libre, et moins il dépend de l'euro.
## Artisanat — Commerce — Entreprise
L'artisanat offre un terrain fertile pour la monnaie libre. Les artisans travaillent souvent en solo ou en petite équipe, ils sont proches de leurs clients, et leur production est locale par nature.
Menuisiers, couturiers, réparateurs, électriciens, plombiers, boulangers... autant de métiers qui peuvent intégrer la June dans leur activité. Le modèle le plus courant est le **double pricing** : une partie en euro (pour couvrir les charges incompressibles) et une partie en June.
Pour les commerces et les entreprises de taille plus importante, l'intégration de la June demande une réflexion comptable et organisationnelle plus poussée. Mais les exemples existent : des boutiques qui acceptent la June, des prestataires de services informatiques qui facturent en DU.
## Lycées — Écoles
L'éducation est un terrain d'expérimentation passionnant pour la monnaie libre. Apprendre aux jeunes comment fonctionne la monnaie — pas seulement comment la gagner et la dépenser, mais comment elle est créée, par qui, selon quelles règles — est un enjeu civique majeur.
Des initiatives existent : des ateliers sur la monnaie libre dans des lycées, des projets pédagogiques autour de la Ğ1, des simulations d'économie en monnaie libre avec des classes.
L'intérêt pédagogique est triple :
- **Économique** : comprendre la création monétaire, l'inflation, les systèmes monétaires
- **Mathématique** : manipuler les notions de croissance, de convergence, de symétrie
- **Civique** : réfléchir à la gouvernance des communs, à la démocratie économique
Les jeunes qui découvrent la monnaie libre réagissent souvent avec enthousiasme. L'idée qu'une autre monnaie est possible — et qu'elle existe déjà — ouvre des horizons que l'enseignement classique de l'économie tend à fermer.