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| Chapitres annexes — sujets connexes | Approfondissements : cryptomonnaies, June et blockchain, logiciel libre, réseau monétique et questions techniques. | 11 | 25 min |
Ces chapitres annexes abordent des sujets techniques et connexes qui complètent le propos principal du livre. Ils sont destinés aux lecteurs qui souhaitent approfondir certaines questions ou clarifier des points techniques.
Les cryptos
Le mot « crypto » est devenu un fourre-tout. Il désigne pêle-mêle le Bitcoin, l'Ethereum, les NFT, les memecoins, les stablecoins, les tokens de DeFi... Cette confusion est problématique, car elle amalgame des projets aux philosophies radicalement différentes.
Les cryptomonnaies « classiques » (Bitcoin, Ethereum) partagent un trait commun : elles reproduisent, voire amplifient, les asymétries du système financier traditionnel. Le Bitcoin, par exemple, est créé par le minage — un processus qui favorise ceux qui disposent du plus de puissance de calcul (et donc du plus de capital). Les premiers mineurs ont accumulé des quantités astronomiques de bitcoins à moindre coût, créant une oligarchie monétaire encore plus concentrée que celle du système fiat.
La spéculation est le moteur principal de l'écosystème crypto classique. On achète des tokens non pas pour les utiliser, mais pour les revendre plus cher. C'est un casino déguisé en innovation technologique.
La June est-elle une crypto ?
Techniquement, oui : la Ğ1 utilise une blockchain (Duniter) pour enregistrer les transactions. Mais philosophiquement, elle est aux antipodes des cryptos spéculatives.
Les différences fondamentales :
- Création monétaire : dans le Bitcoin, la monnaie est créée par le minage (asymétrique). Dans la Ğ1, elle est créée par le Dividende Universel (symétrique).
- Objectif : le Bitcoin vise à être une « réserve de valeur » (une forme d'or numérique). La Ğ1 vise à être un outil d'échange au service d'une économie du don.
- Identité : dans le Bitcoin, les utilisateurs sont anonymes. Dans la Ğ1, chaque compte est lié à une personne réelle via la toile de confiance.
- Spéculation : le Bitcoin est conçu pour prendre de la valeur avec le temps (déflation). La Ğ1 est conçue pour maintenir un équilibre entre les membres (convergence à la moyenne).
- Énergie : le Bitcoin consomme autant d'électricité qu'un pays de taille moyenne. La Ğ1, qui utilise un consensus par toile de confiance (et non par preuve de travail), a une empreinte énergétique négligeable.
Dire que la Ğ1 est une crypto est donc techniquement correct mais sémantiquement trompeur. C'est comme dire qu'un vélo et un char d'assaut sont tous les deux des véhicules : c'est vrai, mais ça ne dit pas grand-chose d'utile.
Introduction sur un DeX vs. CeX
Dans l'univers crypto, on distingue les CeX (Centralized Exchanges) et les DeX (Decentralized Exchanges).
Un CeX est une plateforme centralisée (comme Binance ou Coinbase) où un intermédiaire gère les ordres d'achat et de vente, détient les fonds des utilisateurs, et applique ses propres règles. C'est pratique, mais c'est un point de centralisation et de vulnérabilité : si la plateforme fait faillite ou se fait pirater, les utilisateurs perdent tout (cf. l'affaire FTX).
Un DeX est un protocole décentralisé où les échanges se font directement entre utilisateurs, via des smart contracts, sans intermédiaire de confiance. C'est plus lent, parfois plus complexe, mais c'est plus cohérent avec l'esprit de décentralisation.
La Ğ1 n'est pas cotée sur les exchanges crypto classiques (ni CeX ni DeX). C'est un choix délibéré : la June n'est pas un actif spéculatif. Elle ne doit pas être achetée et revendue comme un token. Elle doit être co-créée par ses membres et utilisée dans l'économie réelle.
Question du « bankrun »
Le « bankrun » est un scénario dans lequel tous les détenteurs d'une monnaie cherchent simultanément à la convertir en une autre, provoquant l'effondrement de sa valeur.
Ce scénario est pertinent pour les monnaies adossées à une réserve (comme les stablecoins ou les monnaies locales convertibles). Si la réserve est insuffisante pour couvrir toutes les conversions, le système s'effondre.
La Ğ1 n'est pas sujette au bankrun, pour une raison simple : elle n'est adossée à rien. Il n'y a pas de réserve en euro, pas de promesse de conversion, pas de « prix plancher ». La valeur de la Ğ1 repose uniquement sur la confiance des membres dans le réseau et sur l'utilité de la monnaie dans l'économie réelle.
Si tous les membres cessaient d'utiliser la Ğ1 demain, elle perdrait effectivement toute valeur. Mais ce scénario est le même pour n'importe quelle monnaie, y compris l'euro : une monnaie vaut quelque chose parce que des gens l'acceptent. Si plus personne ne l'accepte, elle ne vaut plus rien.
La meilleure protection contre le « bankrun » de la June est le développement de l'économie réelle en monnaie libre. Plus il y a de biens et services disponibles en June, plus la monnaie est utile, plus les membres ont intérêt à la conserver et à l'utiliser.
Réseau monétique
Le réseau monétique de la Ğ1 est l'ensemble des outils techniques qui permettent d'effectuer des transactions en monnaie libre.
L'infrastructure repose sur Duniter, le logiciel qui gère la blockchain de la Ğ1. Duniter est un logiciel libre, développé par la communauté, qui implémente les règles de la TRM : Dividende Universel, toile de confiance, consensus décentralisé.
Côté utilisateur, plusieurs applications permettent d'interagir avec la Ğ1 :
- Cesium : l'application historique (web et mobile) pour gérer son compte, envoyer et recevoir des Ğ1
- Tikka : une application mobile plus récente et plus ergonomique
- Gchange : une place de marché en ligne pour publier des annonces de vente/achat en Ğ1
Le réseau monétique de la Ğ1 est encore jeune et en développement actif. L'ergonomie et la fiabilité des outils s'améliorent continuellement. C'est l'un des chantiers les plus importants de la communauté : des outils simples et fiables sont indispensables pour l'adoption à grande échelle.
La transition de Duniter v1 vers v2 est en cours, avec des améliorations significatives en termes de performance, de scalabilité et de fonctionnalités.
Le logiciel libre
La monnaie libre et le logiciel libre partagent un ADN commun. Les quatre libertés du logiciel libre (utiliser, étudier, modifier, redistribuer) font écho aux quatre libertés économiques de la TRM.
Richard Stallman, le fondateur du mouvement du logiciel libre, a montré dès les années 1980 qu'un commun numérique — le code source — pouvait être géré de manière coopérative, sans propriétaire exclusif, par une communauté de contributeurs bénévoles. Le résultat est impressionnant : Linux, Firefox, WordPress, LibreOffice, et des milliers d'autres logiciels libres sont aujourd'hui utilisés par des milliards de personnes.
La monnaie libre est au système monétaire ce que le logiciel libre est au système informatique : une alternative fondée sur la liberté, la transparence et la coopération.
Toute l'infrastructure technique de la Ğ1 est en logiciel libre. Le code est ouvert, auditable, modifiable par quiconque. Les développeurs contribuent bénévolement (souvent rémunérés en June par la communauté). C'est un commun numérique au service d'un commun monétaire.
Coder la liberté, ce n'est pas seulement écrire du logiciel libre. C'est aussi coder les règles d'une monnaie libre — une monnaie dont le « code source » est ouvert, compréhensible et juste.
Cette convergence entre logiciel libre et monnaie libre n'est pas un hasard. C'est le même mouvement de fond : la conviction que les infrastructures essentielles de la société — le code informatique, le code monétaire — doivent être des communs, gérés démocratiquement, au bénéfice de tous.