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| La TRM — Théorie Relative de la Monnaie | Les principes fondamentaux de la Théorie Relative de la Monnaie de Stéphane Laborde : symétrie, relativité et Dividende Universel. | 5 | 35 min |
La Théorie Relative de la Monnaie (TRM), formulée par Stéphane Laborde en 2010, est le socle théorique de la monnaie libre. Elle ne propose pas un modèle économique parmi d'autres : elle pose les conditions mathématiques qu'une monnaie doit remplir pour respecter les libertés fondamentales de ses utilisateurs.
La TRM est à la monnaie ce que la théorie de la relativité est à la physique : un changement de référentiel qui transforme radicalement notre compréhension. Tout comme Einstein a montré qu'il n'y a pas d'observateur privilégié dans l'univers physique, la TRM montre qu'il ne devrait pas y avoir de créateur privilégié dans l'univers monétaire.
Flux monétaire et vie humaine
Le point de départ de la TRM est une observation simple mais fondamentale : les êtres humains naissent, vivent et meurent. Ils ne sont pas éternels. Toute théorie monétaire qui ignore cette réalité biologique est incomplète.
Dans le système actuel, la monnaie peut s'accumuler indéfiniment. Des patrimoines se transmettent sur des siècles. La monnaie survit aux individus qui l'ont créée ou gagnée. Cela crée une asymétrie fondamentale entre les générations : les premiers arrivés captent une part disproportionnée de la monnaie, et les suivants doivent se battre pour les miettes.
La TRM intègre la durée de vie humaine comme paramètre fondamental. Elle prend en compte le renouvellement des générations — en moyenne, une demi-vie de 40 ans dans une communauté donnée. Ce paramètre détermine le taux de création monétaire nécessaire pour maintenir la symétrie entre les membres.
Le flux monétaire doit être pensé en rapport avec le flux de la vie humaine. Quand un nouveau membre rejoint la communauté, il doit pouvoir participer à l'économie au même titre que les membres les plus anciens. Quand un membre quitte la communauté (par décès ou départ), la monnaie qu'il a co-créée se dilue naturellement dans le temps, sans mécanisme d'héritage ou de transmission forcée.
Symétrie dans l'espace-temps
La TRM définit quatre libertés économiques, par analogie avec les libertés du logiciel libre :
- Liberté de choix du système monétaire : tout individu est libre d'utiliser la monnaie de son choix
- Liberté d'accès aux ressources : la monnaie ne doit pas créer de barrière artificielle
- Liberté de production : chacun peut produire toute valeur qu'il estime utile
- Liberté d'échange : chacun peut échanger librement avec qui il veut
Pour que ces quatre libertés soient respectées, la TRM démontre qu'une seule forme de création monétaire est compatible : le Dividende Universel (DU). Chaque membre de la communauté crée la même quantité de monnaie, à chaque période, quels que soient son ancienneté, son âge, son activité ou sa situation.
La symétrie est spatiale (tous les membres créent la même chose au même moment) et temporelle (les membres futurs auront le même pouvoir de création que les membres présents). C'est cette double symétrie qui garantit la liberté.
Relativité
La TRM introduit un concept crucial : la relativité de la valeur. Il n'existe pas de valeur absolue. Un bien n'a pas de prix intrinsèque — il a un prix relatif à l'observateur, au contexte, au moment.
Dans le système actuel, on traite les prix comme s'ils étaient absolus : « cette maison vaut 200 000 euros ». Mais ce prix n'a de sens que dans un contexte donné : un contexte de taux d'intérêt, de masse monétaire, d'offre et de demande locales. Changez le contexte, et le prix change.
La TRM propose de raisonner en parts relatives plutôt qu'en unités absolues. Au lieu de dire « j'ai 1000 Ğ1 », on dit « j'ai X % de la masse monétaire moyenne par membre ». Cette approche relative permet de comparer des situations dans le temps et dans l'espace, indépendamment de la masse monétaire totale.
En pratique, dans la Ğ1, on exprime souvent les prix en DU plutôt qu'en unités absolues. Un objet qui « vaut 10 DU » vaut l'équivalent de 10 jours de création monétaire d'un individu. Cette unité relative est beaucoup plus stable et significative qu'un nombre absolu.
Ancienneté
Un aspect souvent mal compris de la monnaie libre est la question de l'ancienneté. Dans le système actuel, ceux qui sont arrivés en premier ont accumulé plus de monnaie. Dans la monnaie libre, est-ce différent ?
Oui et non. Oui, à un instant donné, un membre ancien a co-créé plus de DU qu'un membre récent. Mais non, cette différence n'est pas permanente ni croissante. Elle converge vers une valeur maximale déterminée par la durée de vie humaine.
Mathématiquement, le solde d'un membre qui ne fait qu'accumuler ses DU sans rien dépenser converge vers une valeur finie. Et la part relative de chaque ancien membre dans la masse monétaire totale diminue à mesure que de nouveaux membres arrivent et créent leur propre monnaie.
C'est la grande différence avec le système actuel : dans la monnaie libre, le temps joue en faveur de l'égalisation, pas de la concentration. Les écarts se résorbent naturellement, sans intervention politique ni redistribution forcée.
Volume des offres
La TRM a aussi des implications sur le volume des offres — c'est-à-dire la quantité de biens et services disponibles dans l'économie.
Dans le système fiat, le volume des offres est contraint par la disponibilité du crédit. Si les banques ne prêtent pas, les entreprises ne peuvent pas investir, les consommateurs ne peuvent pas acheter, et la production stagne — même si les ressources physiques et humaines sont disponibles. C'est le paradoxe d'une économie riche en capacités mais pauvre en monnaie.
Dans une économie en monnaie libre, le volume des offres est libéré de cette contrainte. Chaque membre dispose en permanence de sa création monétaire pour participer à l'économie. La demande n'est plus rationnée par le crédit. Le volume des offres peut ainsi s'ajuster aux besoins réels plutôt qu'aux décisions des banques.
Diversité des offres
La diversité des offres est un autre avantage structurel de la monnaie libre. Dans le système actuel, le crédit bancaire favorise les projets les plus « rentables » au sens financier — c'est-à-dire ceux qui génèrent le plus de profit monétaire. Les projets sociaux, culturels, environnementaux ou simplement atypiques peinent à trouver un financement.
Dans la monnaie libre, chaque membre décide librement comment utiliser sa création monétaire. Il n'y a pas de filtre bancaire, pas de business plan à soumettre, pas de rentabilité à prouver. Un artisan peut vendre son travail en June. Un artiste peut être rémunéré en June. Un voisin peut rendre service et recevoir des June en échange.
Cette liberté d'usage favorise la diversité des offres. On voit apparaître dans les marchés June des produits et services qu'on ne trouverait jamais dans l'économie classique : cours de musique, massages, légumes du jardin, réparation de vélos, conseils juridiques, cours de langue, travaux de couture...
Échelles de valeurs
Un concept fondamental de la TRM est que chaque individu a sa propre échelle de valeurs. Ce qui est précieux pour l'un ne l'est pas nécessairement pour l'autre. Et cette diversité des échelles de valeurs est non seulement normale, mais souhaitable.
Le système de prix unique du marché impose une échelle de valeurs commune : le prix en euros. Mais cette uniformité est une illusion. Derrière un même prix, deux acheteurs peuvent avoir des motivations totalement différentes. Le prix ne reflète pas la valeur — il reflète le pouvoir de négociation.
Dans la monnaie libre, les échanges se font de gré à gré, à des « prix » librement négociés entre les parties. Il n'y a pas de référentiel de prix centralisé. Chacun évalue selon ses propres critères. Cette approche peut sembler chaotique, mais elle est en réalité plus honnête : elle reconnaît que la valeur est subjective et contextuelle.
Convergence à la moyenne
L'un des résultats les plus remarquables de la TRM est la démonstration de la convergence à la moyenne. Dans un système à Dividende Universel, les comptes des membres convergent naturellement vers une valeur moyenne, exprimée en proportion de la masse monétaire par membre.
Concrètement : même si des écarts importants existent à un moment donné entre les comptes des membres, ces écarts se réduisent inévitablement avec le temps. Un membre très riche en Ğ1 voit sa part relative diminuer à mesure que de nouvelles créations monétaires arrivent. Un membre pauvre voit sa part relative augmenter.
Cette convergence n'est pas le résultat d'un impôt ou d'une redistribution. C'est une propriété mathématique du Dividende Universel. Elle est automatique, impartiale et irrésistible. C'est la symétrie en action.
Commun monétaire
Le concept de commun monétaire résume l'ambition de la TRM. La monnaie libre est un commun : une ressource partagée, co-produite par tous, gouvernée par des règles transparentes et immuables.
Contrairement aux monnaies fiat (gouvernées par des banques centrales) ou aux cryptomonnaies classiques (gouvernées par des algorithmes de minage qui favorisent les plus puissants), la monnaie libre est gouvernée par un principe simple et universel : chaque être humain crée la même part de monnaie.
Ce commun monétaire est le fondement de l'économie du don. En garantissant à chacun un accès égal et symétrique à la monnaie, il rend possible une économie où le don circule librement — non pas par charité, mais par structure.